Ou comment l’Europe a failli légiférer sur l’abattage rituel et sa traçabilité (mais elle ne savait pas que cela allait faire chez nous un tel débat !)

« On ment aux Français sur le halal » répète Marine Le Pen. On nous met dans l’assiette de la viande abattue rituellement sans nous le dire, nous dit-on.

Le sujet est si polémique, si chaud, que le 22 février 2011 l’interprofessionnelle de la viande (INTERBEV) annonçait sa décision d’anticiper la mise en application du décret du 28 décembre 2011 qui encadre de manière stricte l’adéquation entre l’abattage rituel des animaux et les commandes commerciales le justifiant.

Fixant les conditions que doivent remplir les abattoirs pour être autorisés à effectuer des opérations d’abattage sans étourdissement ainsi que les modalités d’obtention de cette autorisation, ce décret (1) devait entrer en vigueur le 1er juillet 2012.

Face à la folie s’emparant du sujet, le Ministre de l’agriculture a annoncé il y a deux jours que le décret entrait en vigueur de façon anticipée ce 8 mars.

L’Europe a failli rendre l’étiquetage des animaux abattus rituellement obligatoire !

Aussi me suis-je beaucoup amusée en me rappelant que les autorités européennes, lors de l’élaboration du Règlement n°1169/2011 du 25 octobre 2011 concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires (règlement sur les nouvelles règles d’étiquetage) avaient songé à réglementer le sujet.

La Commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire (ENVI) du parlement européen avait en effet apporté un certain nombre d’amendements à la proposition initiale de règlement présentée par la Commission.

Parmi celles-ci figuraient la proposition d’ajouter à la liste des denrées alimentaire dont l’étiquetage doit comporter une ou des mentions obligatoires complémentaires (2) la catégorie suivante :

Viande ou produits de viande provenant d'animaux non étourdis avant l'abattage, c'est-à-dire abattus rituellement.

Qui aurait comporté la mention : "Viande provenant d'animaux abattus sans étourdissement"

Selon le projet de rapport de la Commission ENVI :

« La législation de l'Union européenne autorise que des animaux soient abattus sans étourdissement préalable pour répondre aux exigences alimentaires de certaines communautés religieuses. Une partie de cette viande n'est pas vendue à des musulmans ou à des juifs mais elle est placée sur le marché normal et peut par conséquent être achetée à leur insu par des consommateurs qui ne souhaitent pas acheter de la viande provenant d'animaux qui n'ont pas été étourdis. Il n'empêche que les membres de certaines communautés religieuses souhaitent justement pouvoir disposer d'une viande provenant d'animaux abattus rituellement. De ce fait, les consommateurs devraient être informés que certaines catégories de viande proviennent d'animaux qui n'ont pas été étourdis. Une telle disposition leur permettrait de faire, en connaissance de cause, un choix conforme à leurs préoccupations éthiques.» (3)

Mais l’amendement n’est pas passé.

Selon le communiqué de presse de l’époque :

Les députés n'ont pas insisté pour que la viande provenant d'animaux abattus sans étourdissement (conformément à certaines pratiques religieuses) soit étiquetée en tant que telle, mais ont estimé que la question devrait être examinée dans le cadre des prochains débats sur la stratégie de protection des animaux.

OK. Les eurodéputés ont d’autres animaux à fouetter que celles sur lesquelles s’étripent les candidats à la présidentielle française. Mais s’ils avaient mis cette législation avant les bœufs, la question eût été réglée (3) sans couteaux tirés !

 

Céline Marchand

 

  1. Décret no 2011-2006 du 28 décembre 2011
  2. Annexe III
  3. Note aux personnes susceptibles de commenter ces lignes. Je ne souhaite ABSOLUMENT pas entrer dans ce débat-là. Ceci est un article en clin d’œil juridique
  4. Entrée en vigueur du règlement étiquetage le 13 décembre 2014